Un détenu refuse sa remise en liberté

 

vue de la facade principale du palais de justice de Paris, avec la Sainte-Chapelle ‡ l'arriËre-plan (G), le 17 septembre 2002. AFP PHOTO JACK GUEZ / AFP PHOTO / JACK GUEZ

vue de la facade principale du palais de justice de Paris, avec la Sainte-Chapelle ‡ l’arriËre-plan (G), le 17 septembre 2002. AFP PHOTO JACK GUEZ / AFP PHOTO / JACK GUEZ

C’est une requête pour le moins surprenante, voire « rarissime », comme le confirme un magistrat : « Habituellement, seules les personnes qui craignent pour leur vie font ce type de demande. Ce qui n’est pas le cas en l’espèce. » Selon nos informations, Grégory Zaoui, 45 ans, personnage important de l’escroquerie à la taxe carbone, à tel point que certains le considèrent même comme l’inventeur en France de cette arnaque, souvent présentée comme « le casse du siècle », vient en effet de demander auprès des juges d’instruction, Guillaume Daieff et Patricia Simon, une demande de mise en détention « à titre exceptionnel ».

Le 6 octobre, Grégory Zaoui, mis en examen dans trois dossiers – Crépuscule, B Concept et Energie Groupe –, venait pourtant de se voir accorder un placement sous contrôle judiciaire. Et ce après avoir effectué vingt-trois mois de détention provisoire dans le dossier de la société Crépuscule, une affaire dans laquelle on le soupçonne d’avoir éludé près de 156 millions de TVA sur le marché des droits à polluer entre 2008 et 2009 – lui et Cyril Astruc, également mis en examen dans ce dossier, se renvoient la responsabilité des détournements.

Ce placement sous contrôle judiciaire a surpris jusqu’au principal intéressé. Lequel préfère rester derrière les barreaux. Ayant essuyé plusieurs refus récents, Grégory Zaoui n’avait, en effet, pas déposé de nouvelle demande de remise en liberté. Il attendait la fin de sa détention provisoire fixée au 3 novembre prochain.

Risques de fuite

Par ailleurs, ce placement est assorti d’une obligation de cautionnement s’élevant à un million d’euros. Une somme à verser avant le 30 octobre 2016. « C’est une obligation impossible à remplir pour lui et les juges le savent bien », explique Me Manuel Abitbol, l’un des défenseurs de Zaoui. C’est en effet parce qu’il ne pouvait pas payer une caution demandée de 1 million puis 875.000 euros que l’escroc présumé s’est retrouvé en détention. A l’heure où nous bouclons ces lignes, le parquet n’avait pas encore répondu à cette étonnante demande de maintien en détention.
En réalité, derrière cette soudaine remise en liberté, les défenseurs de Grégory Zaoui flairent l' »entourloupe ». Les avocats soupçonnent les juges d’instruction d’avoir fait libérer leur client pour mieux le remettre en détention un peu plus tard, sachant très bien que celui-ci ne pourrait pas remplir les obligations de son contrôle judiciaire. « Si les magistrats rendent leur ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel dans l’affaire Crépuscule pendant qu’il est emprisonné, cela a pour effet de prolonger de six mois supplémentaires sa détention », assure Me Abitbol.

Selon toute vraisemblance, Grégory Zaoui comparaîtrait alors en tant que détenu devant le tribunal correctionnel car l’instruction, débutée en 2009, arrive enfin à son terme. C’est sûrement là tout l’enjeu de la passe d’armes en cours. Pour les magistrats, voir Zaoui comparaître en tant que détenu serait une façon de prévenir les risques de fuite. Ils sont nombreux dans ce type de dossiers où la majorité des aigrefins disposent de la double nationalité franco-israélienne.

Ultime bras de fer

Lors du dernier procès du genre qui s’est tenu en mai dernier, seuls 6 des 12 prévenus ont comparu devant le tribunal correctionnel de Paris. Et deux d’entre eux ont pris la poudre d’escampette – dont Marco Mouly – avant que le jugement ne soit rendu. Pour la stratégie de défense des avocats de Grégory Zaoui, en revanche, il est bien entendu préférable que leur client comparaisse libre.

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Ce dernier imbroglio n’est que l’ultime épisode d’un bras de fer tendu que se livrent avocats et magistrats instructeurs dans ce dossier. Un bras de fer émaillé de multiples anicroches : fuite en Israël de Grégory Zaoui en 2014 après avoir vu son cautionnement passé soudainement de 125.000 euros à 6 millions d’euros [il reviendra finalement en France en mars 2016, NDLR], confusion autour d’une erreur dans une demande de commission rogatoire envoyée aux Etats-Unis, demandes de récusation des juges ou de dessaisissement des services de police chargés de l’enquête…

Ces dernières semaines, les défenseurs de Grégory Zaoui, estimant que l’instruction était uniquement à charge, ont multiplié les demandes d’actes supplémentaires, et ce alors que l’enquête était en passe d’être terminée. De possibles dates d’audiences avaient même été envisagées pour ce dossier jugé « prioritaire » par le parquet national financier en raison des sommes détournées et du pedigree des protagonistes.  Contacté par « l’Obs », le PNF n’a pas souhaité commenté l’affaire.